Agriculteurs, sécheresse et incertitude : quand le ciel pèse sur le moral
Années sans pluie, récoltes perdues, bétail vendu, dettes : la sécheresse frappe aussi le moral des familles agricoles. Repérer la détresse et trouver du soutien.
Lever les yeux vers le ciel chaque matin, attendre une pluie qui ne vient pas, voir les champs jaunir, vendre une partie du troupeau parce que le fourrage coûte trop cher… Ces dernières années, de nombreuses familles agricoles au Maroc ont vécu des sécheresses répétées. Au-delà des pertes économiques, cette incertitude use le moral.
Un stress particulier
Le stress des agriculteurs a des caractéristiques propres :
- il dépend de choses qu’on ne contrôle pas : la pluie, les prix, les maladies des cultures ;
- il est continu : on y pense jour et nuit, car le travail et la maison se confondent ;
- il touche toute la famille : revenus, scolarité des enfants, projets de mariage ;
- il s’accompagne parfois de dettes et d’un sentiment d’échec ;
- il touche à l’identité : la terre, c’est souvent l’héritage des parents et des grands-parents.
Les signes de détresse
- Troubles du sommeil, réveils la nuit à ressasser.
- Irritabilité, colère, disputes en famille.
- Perte d’appétit ou d’intérêt.
- Fatigue intense, découragement.
- Repli sur soi, évitement des autres.
- Augmentation du tabac.
- Sentiment d’être un fardeau, de ne plus voir d’issue.
Chez les hommes, la souffrance s’exprime souvent par la colère, l’irritabilité ou le silence, plutôt que par la tristesse. Beaucoup pensent qu’un homme doit « tenir » sans se plaindre.
Ce qui aide
En parler
Partager ses inquiétudes avec sa femme, un frère, un ami, un voisin agriculteur, fait du bien. Souvent, on découvre qu’on n’est pas seul à vivre cela.
S’entraider
Les coopératives agricoles, les associations d’éleveurs, la solidarité entre voisins permettent de partager les ressources, les informations et le moral.
S’informer sur les aides
Les programmes publics de soutien aux agriculteurs, les aides en période de sécheresse, les conseils agricoles : se renseigner auprès des services agricoles locaux ou des chambres d’agriculture.
Prendre soin de soi
Garder des moments de repos, préserver son sommeil (mieux dormir), partager les repas en famille, maintenir les liens sociaux et religieux.
Distinguer ce qu’on contrôle de ce qu’on ne contrôle pas
On ne contrôle pas la pluie. On peut agir sur certaines décisions, sur la façon de s’organiser, sur la demande d’aide. Se concentrer sur ce qui est possible réduit le sentiment d’impuissance (gérer son stress).
Pour l’entourage
Si un proche agriculteur change de comportement, s’isole, parle de « tout abandonner » ou dit qu’il serait mieux mort, ne restez pas silencieux. Parlez-lui, écoutez-le, encouragez-le à voir un médecin. Voir reconnaître la détresse suicidaire.
En cas d’urgence, appelez le 15, le 141 ou la gendarmerie (177).
Lire aussi : santé mentale en milieu rural.
Sources
Avertissement : cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas une consultation. Si vous êtes en détresse, appelez le 15 ou le 141, ou consultez nos ressources d'urgence.