Santé mentale : pourquoi la honte empêche de se soigner, et comment changer le regard
« Il est fou », « c'est le manque de foi », « ce sont des caprices » : les préjugés sur la santé mentale retardent les soins. Comprendre la stigmatisation pour mieux la combattre.
« Ne va pas chez le psy, les gens vont dire que tu es fou. » « C’est un manque de foi. » « Secoue-toi, ce ne sont que des caprices. » « Ne dis à personne que ton frère est malade, ça va nuire au mariage de ta sœur. » Ces phrases, beaucoup de Marocains les ont entendues. Elles traduisent une réalité : la stigmatisation de la santé mentale.
Qu’est-ce que la stigmatisation ?
La stigmatisation, ce sont les préjugés, les stéréotypes et les discriminations dont sont victimes les personnes qui souffrent de troubles psychiques. Elle prend plusieurs formes :
- les préjugés : croire que les personnes atteintes sont dangereuses, faibles, paresseuses ou responsables de leur état ;
- les mots qui blessent : « fou », « mahboul », « hmaq » (les mots qui blessent) ;
- la discrimination : à l’école, au travail, pour le mariage, le logement ;
- l’autostigmatisation : quand la personne elle-même intériorise la honte et pense ne pas mériter d’aide.
Pourquoi c’est grave
Selon l’OMS, la stigmatisation et la discrimination envers les personnes souffrant de troubles mentaux sont fréquentes, dans les communautés comme dans les systèmes de soins. Elles ont des conséquences lourdes :
- retard dans les soins : on attend que la situation soit grave avant de consulter ;
- isolement de la personne et de sa famille ;
- aggravation des symptômes ;
- perte d’emploi, d’études, de relations ;
- souffrance supplémentaire qui s’ajoute à la maladie.
Les idées reçues à déconstruire
« Les troubles psychiques sont rares »
Faux. Selon l’OMS, plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec un trouble mental, soit environ une personne sur huit (rapport World mental health today, septembre 2025). Tout le monde connaît quelqu’un qui en souffre.
« C’est un manque de volonté ou de foi »
Faux. Les troubles psychiques résultent d’une combinaison de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. La foi peut être un soutien précieux, mais elle n’empêche pas de tomber malade, pas plus qu’elle n’empêche le diabète (spiritualité et santé mentale).
« Les malades mentaux sont dangereux »
Faux. La grande majorité des personnes souffrant de troubles psychiques ne sont pas violentes. Elles sont même plus souvent victimes de violences que les autres (la schizophrénie sans préjugés).
« Ça ne se soigne pas »
Faux. La plupart des troubles se soignent, avec des psychothérapies, des médicaments, un accompagnement. Beaucoup de personnes se rétablissent et mènent une vie épanouie.
« Aller chez le psy, c’est pour les fous »
Faux. Consulter un psychologue ou un psychiatre, c’est prendre soin de sa santé, comme on va chez le dentiste ou le cardiologue (quand consulter un psy).
Comment chacun peut agir
- Choisir ses mots : parler d’une « personne atteinte de schizophrénie » plutôt que d’un « schizophrène » ou d’un « fou ».
- S’informer et partager des informations fiables.
- Écouter sans juger un proche qui se confie.
- Encourager à consulter, sans honte.
- Témoigner, quand on s’en sent capable : les témoignages changent les mentalités.
- Respecter la confidentialité de ceux qui se confient.
Lire aussi : famille et santé mentale : en parler et en parler au travail.
Sources
Avertissement : cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas une consultation. Si vous êtes en détresse, appelez le 15 ou le 141, ou consultez nos ressources d'urgence.